Dis, LAP, c'est quoi une IPA?

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Dis, LAP, c'est quoi une IPA?

Alors là, on touche du sensible! En raison de sa popularité soudaine, tout le monde va arriver en ayant sa théorie et son point de vue. Mon conseil : mouchez tout de suite le prétentieux qui prononcera IPA à la française! Ca permettra de faire le tri. Et là, on va vous armer pour pouvoir échanger avec les vrais connaisseurs les faits historiques, les légendes, et au final, les avis gustatifs, parce que c'est bien ce qui compte!

L'article est un peu long : autant vous avertir tout de suite, on a essayé de tout lire d'un coup, nous n'y sommes jamais arrivé. Prenez les devants, et jetez un œil et vos papilles sur nos meilleures bières artisanales façon IPA!

La période pré-bobos

Oui parce que l'essentiel de l'histoire de l'IPA est antérieure au XXIè siècle. Comme beaucoup de faits historiques, finalement.

2 faits historiques majeurs, et vérifiés : l'Angleterre est une grande nation de la bière, et dans IPA (« aille -pi-haie »), il y a pi-haie!

Sur ce dernier point, ça parait évident, mais l'IPA est donc sur une base de Pale Ale. Et la Pale Ale elle-même a une histoire. Et une belle! Tout un tas de gens ont fait des recherches historiques (dont les détails et les sources sont dans l'article du blog) qui montrent que les Pale Ales existaient, en tout cas sous ce nom, en Angleterre, donc, depuis au moins 1705. Ca pose déjà les fondations solides de toutes les déclinaisons de Pale Ale que vous pouvez déguster 400 ans après!

Ensuite, ça devient maintenant évident, l'Angleterre, comme toute grande nation du nord, était spécialiste en bières (faut bien leur laisser ça niveau gastronomie). Et en colonies. Il y en avait partout (des deux : bières et colonies). Et c'est là que se dessine le mythe de l'IPA.

Donc, en bon Anglais de l'époque, la civilisation passait par le style de vie londonien. Boissons incluses : thé, vin, bière : on ne pouvait pas laisser les soldats et entrepreneurs de la couronne boire n'importe quoi - et risquer aussi je ne sais quelle maladie en buvant de l'eau, comme expliqué dans notre précédent article sur l'histoire de la bière (ici même). Si les bateaux revenaient de la Compagnie des Indes le ventre chargé, l'occasion était là pour qu'ils repartent avec le même ventre tout aussi plein - certainement un signe précurseur des effets physiologiques de l'abus de boisson.

Il fallait donc des bières qui tiennent le voyage et les changements de température. Alors je vous précise tout de suite : il y a débat (et des hauts), mais la tendance globale veut que l'impact de ces voyages soit le "aille" de India. Plus forte en sucre (et donc en alcool) et en houblon (aseptisant) que les Pale Ales de l'époque, l'I.P.A. remplissait donc le cahier des charges pour ces longs voyages.

#Funfact :

Napoleon Ier n'était pas un grand fan de l'empire britannique. Pour manifester son inimitié, et comme il n'y arriva pas par les conflits maritimes, un peu énervé par Trafalgar, il mit en place le Blocus Continental à partir de 1806. Un des impacts (dévastateurs) fut sur le tissu industriel des brasseries anglaises qui virent un de leur plus important débouché purement et simplement fermé. Mais ça, c'est intéressant, pas fun.

Le côté fun, c'est que du coup, les brasseries restantes cherchèrent des débouchés dans les colonies de l'empire britannique. Dont la mythique brasserie Hodgson à qui l'on prête (mais faudrait qu'elle la rende) la réputation d'avoir inventé l'IPA.

Au final, Napoleon a été à l'origine de l'IPA. (et les bobos des années 2000 devraient lui rendre hommage). D'ailleurs, l'image d'archive (en cours d'authentification) de cet article montre Napoléon buvant une IPA à Trafalgar par le peintre officiel Dall-E 2023

L'IPA contre-attaque

Au milieu du XXè siècle apparurent deux évènements que vous connaissez déjà : la pasteurisation de la bière et le développement de l'industrie des sodas.

Le premier eût pour effet de perdre l'intérêt "chimique" aseptisant du houblon, et le second, de développer le palais sucré de la population et par là même une défiance quant à l'amertume des aliments. Petite cerise sur le gâteau, le houblon coutant très cher, les grands groupes industriels préféraient clairement le remplacer par une pasteurisation à bas coût comme l'était l'énergie à l'époque.

C'est du coup cette utilisation de houblon qui a été l'emblème de cette révolution de la bière artisanale dans les années 70 aux Etats-Unis. Puis dans les années 2000 en Europe et plus particulièrement en France.

L'IPA était devenue le style de référence de ce retour au goût dans la bière. Et maintenant que vous êtes bien affûtés, on va pouvoir donner dans le subtil : c'est donc l'American IPA qui a fait revenir le houblon dans la bière. Comme beaucoup de chose, l'ancienne colonie britannique avait surpassé son pays de tutelle dans la définition des tendances brassicoles!

#Funfact :

Le style American IPA avait besoin de houblons. Beaucoup. Les besoins industriels n'ayant pas pas développé cette industrie, car peu de besoins, et trustant déjà la production nécessaire, un nouveau houblon fut développé, croisement à partir d'un houblon anglais et russe : le houblon Cascade - ainsi nommé en l'honneur de la chaîne de montagnes Cascade traversant les états de Washington, Oregon et Californie, puis remontant dans la province de Colombie-Britannique au Canada. C'est lui qui donne ses arômes d'agrumes et de pamplemousse si caractéristiques des American IPA.

Et autre Fun Fact, ça vous en fera deux, on attribue à la mythique Anchor Brewing Company (à San Francisco) la première utilisation commerciale de ce houblon dans sa bien nommée "Liberty Ale" - qui devait casser le carcan des bières industrielles formattées. Et elle réussit.

Un style incontournable

Alors oui, l'IPA est amère (est tellement petite que sa tête pue des pieds - vous l'avez?). Moins qu'au 19e siècle mais quand même. Mais plus que ça, les saveurs et le goût que l'on retrouve dans une bonne IPA ne sont censés provenir que de l'utilisation du ou des houblons dans son élaboration.

Puis, le brasseur étant jovial et créatif, 3 sous-styles sont apparus (en tout cas d'après le BJCP, organisme formateur de juges pour les concours de bières artisanales) :

  • L'English IPA : "Une bière blonde anglaise houblonnée et modérément forte, très bien atténuée avec des arômes et saveurs portés sur les houblons et une fin de bouche sèche . Les ingrédients classiques britanniques présentent le meilleur profil des possibles saveurs."
  • L'American IPA : "Une pale ale américaine résolument houblonnée et amère, modérément forte, mettant en avant les variétés de houblon modernes américaines et du Nouveau Monde. L’équilibre penche du côté du houblon avec un profil de fermentation propre, une finale sèche et nette qui souligne le côté malté, permettant à une large palette créative de profils houblonnés de briller."
  • L'imperial IPA (ou DIPA, Double IPA, parce que IIPA ça le fait pas) : "Une pale ale intensément houblonnée, mais nette, sèche et sans âpreté. La buvabilité est une caractéristique importante ; elle ne doit jamais devenir lourde ou sirupeuse."

Il faut savoir que comme tout législateur qui se respecte, le BJCP est en retard par rapport aux créations des artisans brasseurs! On peut ainsi voir de plus en plus émerger les styles suivants :

  • La NEIPA : la guerre entre l'East Coast et la West Coast continue sur le Hop (après le hip) : la New England IPA (ou Hazy IPA) est une IPA trouble en raison de l'ajout encore plus massif de houblon en fin de fermentation pour en retirer tous les arômes fruités sans l'amertume. Le BJCP ne s'y trompe pas : "Une IPA américaine avec des saveurs et des arômes intenses de fruits, un corps doux, douce en bouche et souvent opaque avec un voile substantiel. Moins d'amertume perçue que les IPA traditionnelles mais toujours massivement houblonné."
  • La Black IPA qui ajoute sur une base de malts torréfiés lui conférant d'une part sa couleur, mais aussi ses notes maltées, l'utilisation soutenue de houblons, souvent Cascade, d'où son autre petit nom : la Cascadian Dark Ale
  • La Belgian IPA : toujours sur ces houblons américains aux notes d'agrume, on vient utiliser des levures belges apportant des arômes de banane et de clou de girofle
  • L'Indian Pale Lager : on se retrouve donc avec une bière de fermentation basse où les notes de houblon se détachent plus facilement de cette bière légère, pétillante et fleurie.
  • ... : et ça n'est bien sûr pas fini

L'engouement pour les IPA ne montre aucun signe de ralentissement. Les brasseurs repoussent constamment les limites de la créativité, expérimentant de nouveaux ingrédients et techniques pour créer des IPA toujours plus innovantes. Les amateurs de bière peuvent s'attendre à des surprises aromatiques et gustatives à chaque nouvelle dégustation.

S'il vous plait, on pourrait conclure? J'ai soif!

Et finalement, si on se laissait un mot de conclusion en ligne avec les valeurs de nos Artistes Pintes : l'IPA est l'emblème du renouveau des saveurs des bières artisanales, l'étendard que nos fiers brasseurs artisans brandissent face à l'harmonisation forcée des saveurs voulue par les industriels de l'époque (on a encore plein post-guerre mondiale (la 2e). Si vous avez des questions historiques, venez faire un tour ici!

Et surtout, surtout, c'est un emblème de la créativité de nos brasseurs qui, plus qu'un style à part entière, se basent sur un ingrédient pour montrer leur talent.

Retrouvez le meilleur de leurs bières artisanales IPA, en circuit court sur les Artistes Pintes, qui vous saluent et vous souhaitent bon réveil des papilles!

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